Dans le
coin de la pièce, près de la table à
manger, se tenait la radio de papa. Je l'appelle ainsi car je n'ai jamais
vu qui que ce soit d'autre que lui en tourner les boutons. Tous les jours, à la
première heure, on le voyait penché sur l'appareil, à l’écoute des premiers
flashes de la matinée. Je n’étais personnellement jamais réveillée à 6h30 pour
saisir cette image de lui dès l'aurore. Personne d'autre d'ailleurs ne l’était
dans la maison et c’était là ses moments préférés, dans la solitude,
le silence, la concentration.
Pendant mon enfance, bien que les postes de télévision aient déjà envahi les demeures, la
radio avait encore une place très importante. Je me souviens de la voix de
Pierre Bellemare qui tous les jours, il me semble, emplissait la salle
à manger. Des récits mystérieux, un peu noirs, parfois un peu biscornus
que Bellemare dotait souvent d'une petite morale à sa façon. Ainsi, je
n'oublierai jamais ce récit qui parlait d'un jeune homme charmant qui avait
rencontré une jeune fille. Il allait chez elle et là, gros malentendu, il
l'empoigne et veut coucher avec elle, elle non. Il lui brise le cou par mégarde
en essayant de la mobiliser sur le lit. Morale de M. Bellemare, que son âme
soit en paix quand même, “une jeune fille qui emmène un garçon chez elle ne
sait-elle pas à quoi s'attendre?" Oui mais là oh Pierrot, une
nuque brisée c'est pas la punition automatique pour les demoiselles qui disent
"non". Enfin je dis ça comme ça ... Et puis j'oublie qu'on est au
début des années 70.
La radio était le domaine de mon père, le placard celui de ma mère. Il n'y a pas de
mots pour décrire le placard de maman mais j’écrirai quand même cette phrase
par souci de réalisme: c’était un vrai bordel. Un incroyable, inextricable
bordel. Seule maman s'y retrouvait parmi des papiers datant de la 2ème guerre
mondiale, des lettres de la semaine dernière, des photos, des bibelots cassés,
des bouteilles diverses dont une énorme de whisky, des objets divers sans aucun
usage, des petits vases, des bijoux, de l'argent. Toute sa vie elle y a engrangé
tout et n'importe quoi sans jamais y faire le moindre ménage. J'ai
moi-même hérité de cette manie du fourre-tout. J'ai tendance
à choisir un tiroir et à m'en servir de la même manière, y accumulant
des choses diverses. En général je nettoie ce tiroir une fois l'an.
Copyright & copy - Nathalie R. Klein © 2015-2016-2017-2018

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